Dimanche 19 décembre
Voyage en avion sur la ligne Cayenne - Maripasoula. Le vol dure environ quarante-cinq minutes sur un appareil Twin Otter de la compagnie Air Guyane. Durant le vol, on distingue nettement les larges trouées faites par les orpailleurs dans la forêt de Guyane.
Arrivée à Maripasoula. La ville poussiéreuse semble faite de bric et de broc. Le dimanche, il y a peu d’activité, mais les auberges sont ouvertes. Nous attendons la pirogue "chez Dédée". L’incertitude porte sur la question de l’essence : trouverons-nous sur place suffisamment de carburant pour notre voyage ?

- Le bas niveau des eaux rend le passage des sauts difficile
La sécheresse qui sévit dans notre pays depuis plusieurs mois commence seulement à faire parler d’elle dans les médias. En amont de Maripasoula, le grand Maroni est devenu un univers parsemé de rocailles ou de bancs de sable sur lequel la navigation est devenue difficile, d’autant que sur le parcours, il faut éviter les nombreux monticules de graviers élevés par les barges d’orpaillage.

- Bancs de sable dus aux barges d’orpaillage
Le passage des sauts oblige à débarquer passagers et chargement, et du fait de la baisse du niveau des eaux il est nécessaire de pousser la pirogue à de nombreux endroits. Le trajet entre Maripasoula et le village Twenke dure ainsi plus de trois heures. La sécheresse a provoqué une pénurie de carburant (l’approvisionnement par voie fluviale étant rendu difficile) et une hausse des cours de l’essence.
Twenke est situé sur une île au milieu du fleuve. L’accueil est simple et courtois : nous sommes logés dans le tukusipan, le grand carbet en forme de dôme qui représente le centre du village. Autour de nous, les villageois logent dans des habitations en bois édifiés sur pilotis : en saison humide, le village est en effet régulièrement inondé par l’eau du fleuve.
Lundi 20 décembre
L’entretien avec les chefs Ilikawale, Haïwë et Amaïpoti a porté sur des problèmes de fond : les relations avec la commune de Maripasoula (les villageois accusent le manque de loyauté de la municipalité, dénoncent des visites rares et éphémères des autorités), la présence oppressante des orpailleurs, l’absence de maîtrise de la terre. Le suicide au sein de la jeunesse a été largement abordé : tous admettent que le phénomène s’est récemment accru de manière dramatique. Les conditions de scolarisation au Collège de Maripasoula sont pointées du doigt : la rupture avec le milieu familial, la mauvaise prise en charge des enfants, enfin l’environnement délétère (alcool et drogue) propre au bourg de Maripasoula.

- Yaopasi, rive surinamaise, ravitaillement pour les orpailleurs.
L’après-midi, une promenade nous conduit à Yaupasi, à dix minutes du village. A cet endroit se trouve une guinguette en pleine nature, sur la rive surinamienne : on y trouve des boissons fraîches et des produits d’épicerie, de la petite quincaillerie. Yaupasi est surtout un important centre de stockage de carburant destiné selon toute vraisemblance à l’orpaillage.
Mardi 21 décembre
Le lendemain, la conversation a porté sur des problèmes matériels, liés pour la plupart à des défaillances dans les services publics. Nous constatons que la pompe alimentant le village en eau potable est en panne depuis deux ans. Les enfants sont nombreux à boire l’eau du fleuve, porteuse de germes infectieux. Les appareils d’éclairage à panneaux solaires ne fonctionnent plus, la radio départementale ne permet plus de contacts que deux heures dans la journée. Le poste de santé manque de matériels et de médicaments. Le programme de vaccination a été interrompu.

- Saut Pëlekumalu : une richesse touristique bientôt exploitée, au profit de qui ?
L’après-midi, baignade sur le saut Pëlekumalu : vaste espace de lumière et de fraîcheur. La question nous vient à l’esprit : si le Grand Sud devait s’ouvrir au tourisme, les amérindiens auront-ils la maîtrise de l’exploitation de ces sites exceptionnels, ou devront-ils les abandonner aux tours opérateurs ?
Mercredi 22 décembre
Nous quittons Twenke mercredi. Le voyage du retour est un peu plus court qu’à l’aller. Il faudra néanmoins à plusieurs reprises mettre les pieds dans l’eau pour conduire la pirogue à Maripasoula. Nouvelle escale "chez Dédée". Avant de prendre l’avion, nous faisons une brève visite de la commune de Maripasoula. A l’aéroport, rencontre avec un médecin de la santé publique, qui nous confie un témoignage accablant sur l’abandon dont sont victimes les amérindiens des villages. Le voyage en avion est rapide ; du ciel nous apercevons des placers d’orpaillage qui, semblent-il, nous avaient échappés à l’aller : légaux ou illégaux ?

- Vue aérienne d’un site d’orpaillage
Dans le cadre du contrat de plan Etat Région, la Guyane aura reçu près de quatre-cent millions d’euros pour la période 2000 - 2006. A qui a profité cette manne ? Dans le cadre de la campagne des dernières élections régionales, les Verts Guyane ont dénoncé le déni de solidarité dont sont coupables les autorités politiques à l’égard des Communautés. Les amérindiens ont le sentiment d’être abandonnés. Profondément désabusés, ils nous ont demandé de relayer leurs demandes : nous veillerons à ce que les autorités trouvent les moyens et le temps de leur venir en aide. En attendant de concevoir un vrai projet solidaire et fraternel.

