Week-end sur le terrain...
Les Verts de Guyane accompagnaient samedi 2 octobre 2004 une journaliste de "libé" spécialisée dans les problèmes d’environnement au coeur de la forêt Guyanaise sur un site légal d’orpaillage.
Voici quelques photos.
L’orpaillage est dur pour les hommes...
... il est dur aussi pour la forêt.
Zone d’adhésion ou zone de désolation ?
L’orpaillage, c’est aussi un problème d’eau.
Ca commence par une petite crique claire et fraîche au milieu de la forêt, puis sur un site "propre" ( légal ou illégal ), on établit des barrages pour stocker l’eau utile aux orpailleurs et éviter de souiller la crique.
Évidemment, Mr LEPELTIER, ministre de l’environnement et du développement durable, cela ne se fait pas sans quelques dégâts...
C’est ce qui attend le futur Parc National de la Guyane, dont vous réservez une zone aux orpailleurs.
Une zone d’adhésion comme vous dites Mr le Ministre, qui ressemblera plus à une zone de désolation...
Une aberration au milieu d’un Parc Naturel.
Les protagonistes du projet parc feraient bien de s’inspirer du modèle brésilien en interdisant toute activité minière, afin d’éviter de se couvrir du ridicule d’une telle situation.
L’orpaillage c’est aussi une affaire de mécanique
Un site d’orpaillage de ce type (1 pelleteuse, 2 pompes) nécessite 300 litres de gazole par jour. A ce titre la flambée du prix du pétrole est plutôt une bonne nouvelle. Les moteurs polluent par les huiles de vidange.
Les automobiles les plus volées actuellement à Cayenne et sur le littoral sont les 4X4 : leurs gros moteurs japonais sont très prisés par les orpailleurs clandestins pour pomper l’eau en toute fiabilité...
Une des difficultés de l’orpaillage, c’est la logistique. Le ravitaillement en vivres et en gazole sur les sites isolés se fait par héliportage. Par contre, acheminer une pelle mécanique à travers la forêt vers un site isolé est une véritable aventure. Cela nécessite une équipe de 4 hommes expérimentés (conducteur, mécanicien, pisteur), et une logistique sophistiquée avec hélicoptère pour le ravitaillement en gazole et en vivres. Ils franchissent les criques, les montagnes, en traçant leur propre route à travers la forêt équatoriale. Ils doivent être capables de relever leur engin en cas de faux pas. Une tâche extrêmement dangereuse payée au forfait, histoire d’accélérer la cadence.
Tout ceci pour comprendre pourquoi les projets de routes ou de pistes à travers la forêt guyanaise sont au cœur du problème. Elles permettraient de faciliter la vie des orpailleurs, certaines multinationales ayant avoué que l’orpaillage en guyane sans moyens de communication n’est pas rentable. La Région Guyane a pour projet de créer 500 kilomètres de routes dans un avenir proche. Routes pour "désenclaver" ou pour dérouler le tapis rouge aux orpailleurs ???
L’orpaillage est une activité dangereuse et précaire
Une fausse manœuvre peut être fatale pour ces ouvriers. Surtout en saison des pluies, surtout quand on travaille 12 heures par jour, 7 jours sur 7, et qu’il faut parfois après 12 heures d’un travail harassant aller chasser en forêt pour améliorer le repas fourni qui est souvent peu diversifié.

- créant un lit de boue au centre qui va vers la pompe, les gros cailloux étant écartés sur les côtés.
Des conditions de travail difficiles comme l’a dit Claude Marie Vadrot, Président de l’association des journalistes et écrivains pour la nature et l’environnement dans l’émission de France Inter "CO2 Mon Amour" du samedi 13 novembre 2004 quand il parle des "esclaves brésiliens, ceux qui travaillent pour les orpailleurs clandestins et aussi pour les orpailleurs officiels. C’est une main d’œuvre à bon marché vraiment tenue en esclavage. C’est aussi un des aspects de l’orpaillage".
Sur les sites légaux, ces hommes (principalement brésiliens pour les tâches les plus rudes) ont des contrats le plus souvent "APT" (autorisation provisoire de travail) de 3 à 6 mois sans interruption sur le site. Ces autorisations précaires sont normalement réservées aux activités saisonnières... L’orpaillage est-il une activité saisonnière ? Selon la Fedomg (syndicat des orpailleurs guyanais) un accord a même été passé avec l’inspection du travail autorisant les opérateurs miniers en Guyane à employer jusqu’à 18 travailleurs en contrat "APT" par site d’exploitation "AEX". Un accord qui ne va pas dans le sens de la baisse du chômage en Guyane. C’est pourtant un argument souvent cité par la profession, l’emploi. Des milliers d’emplois promis dans ce secteur. Qui peut croire qu’un jeune de Cayenne ou de Saint Laurent du Maroni va accepter cette précarité et de telles conditions de travail ? D’après la Fedomg, il faut aussi développer toute une filière de formation pour ces travaux. Un diplôme pour trier des cailloux...
Entre deux contrats ces travailleurs brésiliens redescendent bien souvent par leurs propres moyens au travers de la forêt équatoriale sur des dizaines de kilomètres rejoindre leur famille au Brésil. Pour d’autres qui choisissent de rester sur place, il y a de véritables "villages" en pleine forêt : drogue, prostitution, sida, paludisme, criminalité, règlements de comptes etc... Une situation sociale et humaine catastrophique.
De nombreuses enquêtes sont en cours concernant cette exploitation inhumaine des travailleurs de l’orpaillage. On attend avec impatience le résultat de ces enquêtes, et la fin de pratiques qui bafouent tous les jours les Droits de l’Homme et la législation sur le travail.
Petite précision : Lors de notre rencontre avec la Fedomg (syndicat des orpailleurs guyanais) mardi 9 novembre 04, il nous a été reproché d’utiliser des photos d’origine douteuse, et surtout montrant un site illégal ou en tout cas pas aux normes (concernant notamment la gestion de l’eau, et les barrages). Ces photos ont été prises sur un site légal. Le lieu nous a été précisé par l’ONF, dans le cadre d’une demande faite pour un reportage, avec l’accord de son propriétaire. Le site se situe sur la piste Belizon, sur la route de Régina. Il est accessible par la route et donc très facilement contrôlable. Ceci montre bien la difficulté à exercer un contrôle sérieux de cette activité. Si le site le plus facilement accessible et le plus près de Cayenne ne répond pas aux normes selon la Fedomg et ses experts géologues, on imagine que pour les sites accessibles uniquement en hélicoptère, le contrôle soit encore plus aléatoire. D’autant plus qu’avec la radio "blu", il est très facile de prévenir l’arrivée d’un contrôleur, avant même que l’hélico ait quitté l’aéroport de Rochambeau à Cayenne.










